Personnage incontournable du mouvement café-racer, Dédé Chardin est l’âme du Club Triton qu’il a créé en 1995 avec quelques compères adorateurs d’anglaises bien nées. C’est à dire avant 1988. C’est dans les statuts ! Ce n’est pas de l’ostracisme, mais on ne mélange pas les chiffons huileux avec les serviettes immaculées, les anciennes avec les modernes. Mais on est copains quand même. Dédé sait de quoi il parle, il est né dans un garage. Loin, à Hai Phong, où sa grand mère était importatrice Simca pour le Vietnam. C’était en 1953, sa famille était française et vietnamienne, et tout ce petit monde a rejoint la France un an plus tard, à la fin de la guerre coloniale. Au lycée de fabrication mécanique d’Argenteuil, il commence à s’intéresser aux motos et achète sa première Triumph, une Dresda. Depuis, il est possédé par les Triumph. Monomaniaque, le garçon. Dédé est un survivant de l’époque héroïque où la moto était réellement un truc rebelle, avec virées improbables, sens de l’appartenance à une confrérie, toujours la poignée dans le coin et l’autre main sur la boite à outils… Les Seventies, quoi. Plus rock’n’roll que Dédé Chardin, vous aurez du mal à trouver. Sa dégaine d’aventurier n’est pas un déguisement, il a roulé sa bosse à Hawaï, au Canada, aux Canaries… Depuis qu’il est revenu en France, en 80, ce scientifique atypique est chercheur en astrophysique spatiale pour le CNRS, après avoir bossé chez Matra sur la conception des missiles. Tout au long de sa vie de motard fougueux, il n’a guère posé son séant sur des japonaises. Eventuellement pratiqué quelques V Twins de Milwaukee, mais il est vacciné aux anglaises, et ça ne risque pas de changer. Le Président a son atelier perso, pour préparer, entretenir, reconstruire ses machines et celles de ses petits camarades. Car le Club Triton est un vrai club à l’ancienne : tout le monde participe et surtout tout le monde roule. Ne comptez pas sur eux pour muséifier la motocyclette, leur royaume, ce sont les petites routes viroleuses et l’esprit d’équipe (on accélère, on casse éventuellement, on répare, on repart…). Avec l’émergence de la hype garage, la figure pittoresque et respectée du Club Triton a pris un statut de modèle, de commandeur. Meneur d’hommes et fidèle à son histoire, Dédé Chardin, le cuir sur les endosses, la tignasse s’échappant du jet, c’est un peu le prophète du café racing. LA Référence, parce qu’on sait qu’il restera le dernier à symboliser la liberté et l’esprit de la moto de caractère.

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