Passions exposées

Yan Morvan a le sens du spectacle : son antique chambre Deardorff posée sur le bitume parisien, il harangue la foule qui se masse, hurle son plaisir de faire de la photo, se roule éventuellement par terre. Bref, il est habité. Cette séance photos avait débuté par un banal coup de fil. « Je fais tellement d’expos en ce moment que personne n’a l’idée de me faire travailler ! », me glissait l’auteur du superbe Blousons Noirs, entre deux vernissages à Perpignan, Arles ou tout autre festival international. « Mais je veux faire des photos, ma passion, c’est de faire des photos ! ». Qui pourrait lui refuser un tel plaisir ? Ainsi débutait la première couverture Martin de l’histoire Cafe Racer. Première couverture à la chambre, aussi. Et c’est du boulot…

En même temps, la passion, c’est toujours du travail. Je me faisais cette réflexion en rentrant de l’excellent salon de Lyon, mi-février. L’ambiance y étais très chaleureuse, et le spectacle offert d’une grande qualité. Jack Monchanin, l’organisateur, est un vrai passionné de motos, et toute sa passion, il la met dans son salon. Il aime le cross et le Dakar, il a monté des expos Husqvarna et Dakar. Il adore les GP ? Il avait invité Nougier et Spirit of Speed. Il suit les nouvelles tendances ? Il y avait des espaces café-racers et de choppers. Il a rêvé avec ce qui sont devenues des vieilleries ? Et trois expos de plus, italiennes, anglaises, françaises… Ça fait un max d’expos, et quinze fois plus de bécanes environ.

Alors que se profile notre Festival, je sais le travail accompli. Pister les machines, les réunir… Mais le succès populaire de Lyon l’a récompensé de ce boulot titanesque, et il tient dans cette passion, celle qui manque depuis longtemps au salon de Paris. Ce n’est pas la triste conversion d’acteurs majeurs à l’idée, récente mais saugrenue, du promoteur AMC d’intégrer la moto au salon de l’auto qui va révolutionner l’affaire…

On va dans un salon de la moto pour voir des motos, comme on achète un magazine de motos pour voir des motos. Le reste n’est que superflu. Le plaisir ouvertement manifesté par les visiteurs de Lyon ne fait que confirmer cette évidence, évidence qui doit nous guider édition après édition. Ce Cafer Racer #87 y obéit, je pense : jamais nous n’avions réuni autant de belles machines dans nos pages. Et c’est une promesse : le Cafe Racer Festival sera à l’unisson. On vous le démontre les 10 et 11 juin, à Montlhéry. Promis !

Bertrand Bussillet