Oubliez la légende : nul besoin d’une quatrième feuille pour que le végétal commun couramment nommé Trèfle porte chance. Mark Wilsmore en sait quelque chose : cet ancien flic londonien, qui possède une dizaine d’anglaises emblématiques, préside aux destinées de la Mecque des motards, l’Ace Café, qu’il a réinventé, avec le succès que l’on sait. Avant ça, Mark a été un ado ordinaire, qui à 17 ans découvre le rock’n’roll (celui des origines, dont il ne démordra jamais) et la motocyclette. On est dans les 70’s, il s’achète sa première monture, une Yam RD 250. Un mois plus tard, l’engin est à la casse et Mark à l’hôpital. La vie est un éternel recommencement : il aura beaucoup d’autres motos, et fera de nombreux autres séjours aux urgences. Mark est un Ton Up Boy, seule compte la vitesse, en milieu urbain ou périurbain de préférence. Après des années à vivre sa passion après les heures de service (à la question « avez-vous déjà passé une nuit en prison », il a répondu « oui, mais j’avais les clés ! »), Mark a un jour l’intuition de rendre hommage au légendaire Ace Café, les fonds baptismaux de la culture rockers. Construit en 1938, sur la North Circular Road (le périph londonien), l’endroit avait été bombardé pendant la guerre avant, dans les 50’s de devenir le point de ralliement des Ton Up Boys. Le fameux 59 Club s’y réunit, et le lieu sert de décor au film Leather Boys, tourné par le bien nommé Sydney Furie, en 1963. Fermé en 1969, c’était depuis un entrepôt de pneus. Mark alla un jour en voir les propriétaires pour leur demander si, un dimanche, il pourrait organiser une réunion de motards sur le parking. On est alors en 1994, et plus de 12 000 lascars débarquent sur des engins pétaradants ! Le « Ace Day », organisé par Mark, devient un événement annuel triomphal, qui doit d’ailleurs se poser ailleurs, car il attire jusqu’à 25 000 bikers, un peu too much pour le parking initial. Trois ans plus tard, Mark et quelques associés ont racheté le bâtiment et relancé l’Ace Café. En 2001, la cathédrale de la poignée dans le coin est améliorée pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui : le lieu de pèlerinage majeur des amateurs d’anglaises (sans exclusive) et de rock’n’roll. Café, restaurant, parking, boutique de souvenirs, concerts, concentres, événements, et marketing (le logo as de trèfle et le ruban à damier sont disponibles sur à peu près tout ce qui peut s’acheter), l’Ace est devenu incontournable, comme son réinventeur et gardien du temple, qui la soixantaine vigoureuse approchant, n’a l’intention de se débarrasser ni de sa banane, ni de son cuir emblématique. Hommage insurpassable : Triumph a commercialisé une Thruxton série spéciale Ace Café, aux couleurs de l’établissement. Quant à sa collec’ perso de Triton, BSA, Triumph, Metisse, Norton, il l’entrepose en partie au Café, parce que son garage est plein.