Avec le nouveau trail Himalayan, Royal Enfield nous propose sa vision de la moto utile et plaisante, à la fois originale mais délicieusement désuète. Les constructeurs européens ont quasi oublié cette façon d’appréhender la moto, et pourtant l’Himalayan nous a conquis, par son excentricité mais, et oui, ses performances aussi. Naturellement, il ne s’agit pas là de performances qu’on peut représenter par des courbes sur un papier quadrillé. Car, nous semble-t-il, la sempiternelle recherche de prétendus nouveaux concepts toujours plus compliqués, à grands renforts d’électronique embarquée et de puissance brut, contente certes notre frénétique soif de consommation, persuadés que nous méritons toujours mieux, mais elle nous égare du droit chemin. Ce chemin qui n’est pas droit mais anfractueux, bancal et cagneux, ce chemin qui mène au plaisir simple de rouler à moto pour soi-même. Avec l’Himalayan, Enfield nous propose, plutôt qu’une atmosphère, un concept ou autre “way of life”, un outil vraiment conçu comme tel, c’est à dire capable d’affronter toutes les situations.

Premier bon point, l’Himalayan, modeste mais bien faite, incite à pratiquer les petites routes de campagne à des allures qui laissent le temps à la fois d’apprécier les paysages et en même temps de soigner ses trajectoires. Pourtant, rien ne vous empêche de prendre l’autoroute si nécessaire. En effet, contrairement aux précédentes Royal que nous avons essayées, ce nouveau petit moteur est très bien équilibré et exempt de vibrations parasites. Un moulin quasi moderne, si j’ose dire. L’ergonomie est également très bonne : la moto est fine, élancée, pas trop lourde et les commandes, même si elle ne sont pas réglables, tombent très naturellement sous les mains et les pieds. Même le galbe et la largeur du guidon sont parfaits ! La place passager est digne de ce nom, mon cobaye ne s’est pas plaint. En revanche, la puissance modeste convient mieux à un usage solo.

Pratique, l’Himalayan est pourvue d’un beau porte-paquet et de diverses barres de maintien qui permettent d’y fixer de gros chargements. On note que celles qui protègent le réservoir, en plus de donner une touche baroudeuse, permettent de fixer de petites sacoches qui seront bientôt au catalogue. Dans le genre aventure, derrière la protection efficace, le tableau de bord ne fait pas dans la dentelle : on dirait un ordinateur de plongée sous-marine des années 80. Il est même équipé d’une boussole. Autre détail pratique absolument pas dans l’air du temps, le garde-boue avant est très grand, il descend très bas derrière le pneu et ainsi protège efficacement le gros sabot et le moteur des projections de boue et de cailloux destructeurs. On se croirait encore une fois dans les années 80.

Si l’engin fait tout de même 195 kg, la bonne qualité des suspensions, en toutes circonstances, et la bonne répartition des masses font vite oublier son poids. Dans les chemins, notamment grâce à la grande roue avant de 21 pouces, l’Himalayan se laisse emmener sans avoir à forcer et supporte même de sauter des bosses sans broncher. Dans des conditions off-road, on apprécie le frein peu violent (sur route il pourrait être un peu plus puissant mais on s’y habitue très vite). Elle se montre plus agréable et moins fatigante en tout-terrain que les gigantesques trails en en vogue en ce moment. Mais on ne compare pas un Defender et un Cayenne…

Sur la route, on prend un immense plaisir à rouler autrement que le couteau entre les dents. Certes le moteur ne développe que 24,5 ch, mais il est très souple et aussi très volontaire : il est exploitable sur toute sa plage de régime, sans jamais donner l’impression de forcer, ce qui change foncièrement des vieux Bullet. Certes, l’allonge n’est pas son fort mais on peut cruiser à bonne vitesse , et se jouer des voitures, quelles que soient les routes, à condition de jouer un peu de la boite de vitesses.

Une moto simple, facile, très abordable et qui met relativement à l’abri des retraits de permis : voilà qui est aujourd’hui très appréciable. L’Himalayan donne d’autant plus envie de partir loin qu’elle est de conception robuste et fiable. Son rapport qualité/prix n’a pas vraiment d’égal dans le monde de la moto.

Texte Albin Carrière. Photos Denis Boussard.

Fiche technique

Moteur : monocylindre 4-temps, refroidi par air, deux soupapes en tête, 411 cm3 (78 x 86 mm). Puissance 24,5 ch à 6500 tr/mn, couple 3,26 mkg à 4000 tr/mn. Embrayage multidisques en bain d’huile, boîte de vitesses 5 rapports. Partie-cycle : cadre double berceau tubulaire en acier, suspension avant fourche télescopique (ø 41 mm), suspension arrière monoamortisseur. Freins : avant 1 disque 300 mm, étrier à deux pistons, arrière 1 disque 240 mm, étrier 1 piston ; ABS. Roues avant 21 pouces, arrière 17 pouces. Dimensions : longueur 2 190 mm, largeur 840 mm, empattement 1 465mm, garde au sol 220 mm, hauteur de selle 800 mm, réservoir 15 litres, poids à sec 185 kg. Coloris : blanc ou noir. Prix : 4 795 euros

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