At last, disent les Anglais. Le moment tant attendu est arrivé : depuis que nous avions découvert en avant-première la nouvelle Truxton R en juillet dernier, depuis que nous avions pu tourner autour à satiété dans l’usine Triumph pour une séance photos exclusive en octobre dernier (voir Cafe Racer #78), il nous tardait évidemment d’enfourcher la belle, d’agripper ses bracelets et de prendre la route, enfin. Inutile de vous faire patienter plus longtemps : ce galop d’essai sur les routes portugaises fut un kif absolu ! Beauté, performances, sensations, cette crapuleuse Thruxton R offre tout, et bien plus encore.

Légende au sein de la Légende, Thruxton est pour les amateurs historiques de Triumph synonyme de course. Ce nom mythique fut hérité dans les années 60 des succès glânés par le constructeur aux 500 Miles de Thruxton, où il engageait des Bonneville coursifiées par l’ingénieur Doug Hele. Une Bonneville devenait Thruxton par la grâce d’un kit racing composé de pièces performance, d’échappements spéciaux et d’un carénage. Dans les années 60, seules quelques dizaines de Bonneville furent montées en Thruxton à l’usine. Avec les new Bonnie des années 2000, le nom Thruxton est passé dans le langage commun, bracelets et commandes reculées ayant alors pour fonction essentielle de donner une touche rock’n roll à cette gamme classique. Mais avec la refonte de la légende Bonneville, la Thruxton est devenue une machine à part entière, forte d’un moteur spécifique, d’un habillage dédié et d’un comportement de feu qui permet de renouer avec des sensations sportives oubliées.

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Le cœur de la Thruxton R, c’est évidemment son nouveau twin 1200 cm3 refroidi par eau dans sa version HP, pour Hi Power. Extérieurement, il est semblable au bloc de la nouvelle T120, à quelques détails de finition près (traitements de surface, carter de transmission…). Et donc aussi beau : les ingénieurs Triumph ont fourni un travail de titan, et déployé des trésors… d’ingéniosité, pour accoucher d’un moteur ailetté conforme aux normes Euro 4 mais aux lignes classiques. Ainsi, le circuit de refroidissement est entièrement interne pour ne laisser devenir qu’un radiateur d’eau minimaliste et quelques centimètres à peine de durits ; ainsi les échappements doublés permettent de “cacher” le catalyseur en avant du moteur pour ne conserver qu’une seule ligne harmonieuse, des collerettes en sortie de culasse au contre-cône du silencieux ; ainsi, enfin, ont-ils réussi à regrouper sous la selle tout ce que les normes exigent d’électronique embarquée (y compris une prise USB non obligatoire, mais pourtant bien pratique), et la Thruxton R n’a pas à rougir d’une comparaison aux sportives les plus modernes : poignée de gaz ride-by-wire, traction-control ou encore trois modes de pilotage (Rain, Road, Sport), bref, de quoi totalement maitriser les 97 chevaux obtenus grâce à une culasse haute compression, un vilebrequin à faible inertie et des plus gros débits de flux gazeux, tant côté boite à air qu’échappements.

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La qualité de fabrication de ce nouveau moteur est emblématique du niveau d’exigence retenu par le constructeur pour mener la refonte de la gamme Bonneville. Sur cette Thruxton R, tout n’est que belle pièce, ou presque. Cela vaut pour le choix des fournisseurs (fourche inversée Showa, amortisseurs Ohlins et freinage Brembo sur cette R) comme pour les accessoires maison à l’image du magnifique té supérieur poli, de la ceinture d’aluminium qui enserre le réservoir ou son incontournable (et rare) bouchon Monza (qui cache toutefois un second bouchon de plastique, mais à serrure, non solidaire). Tout est pensé, de très belle facture aussi. Peut-être aurait-on vu un tableau de bord un peu plus racé pour cette version R : classiques, les deux cadrans restent toutefois classieux, et livrent lisiblement, et aisément, toutes les informations que certains attendent d’une moto moderne (rapport engagé, distance avant la panne sèche, mode de pilotage, etc.). A noter aussi que le superbe réservoir échancré, qui marrie sport et élégance, s’accompagne d’une selle monoplace surmonté d’un dosseret. La Thruxton R est bien homologuée pour le duo, mais il faudra à la commande acheter le kit selle biplace pour bénéficier de la carte grise idoine (450 euros).

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Une fois en selle (enfin !), on apprécie la position sportive… dans une acception ancienne. Les bracelets sont positionnés plutôt haut, et les commandes reculées ne sont ni trop hautes, ni trop… reculées : la Thruxton R est une sportive comme l’étaient les sportives avant qu’elles ne deviennent folles. Elle reste très confortable, malgré une selle un poil dure, même à basse vitesse : on reste tout à fait à l’aise pour circuler en milieu urbain, sans être excessivement en appui sur les poignets, et la moto se montre très maniable pour serpenter dans le réseau urbain, notamment grâce à un très bon rayon de braquage. Fermes mais pas sèches, les suspensions encaissent parfaitement les petits chocs. Le freinage est idéal, qui offre un feeling et une puissance excellents. L’embrayage, assisté, est d’une douceur superbe. Bref, on quitte sereinement la ville pour aller chercher de l’espace, aller surtout tester ce 1200HP.

Avec les premiers virages, la Thruxton R se révèle véritablement : c’est une machine à plaisir, facile, efficace et terriblement excitante. Avec une courbe de couple très plate (plus de 100 Nm de couple de 2500 à 6500 tr/mn), il se révèle très linéaire. Souple à bas régime, il est aussi très rageur grâce à la faible inertie de son embiellage : qu’on tourne la poignée, et il grimpe vivement dans les tours pour aller chercher sa puissance maxi de 97 chevaux à 6 750 tr/mn, et bénéficie alors d’une réserve de près de 1000 tours pour un surcroit d’allonge. Ce caractère moteur fort sympathique, voire excitant, est renforcé par une boite de vitesse à la sélection rapide et précise, et surtout par une démultiplication finale raccourcie par rapport à la version T120. Ce bon caractère se marrie surtout au comportement quasi-parfait de la partie-cycle, à la fois agile, facile et précise. Par rapport à la T120, la Thruxton bénéficie directement de sa géométrie plus sportive (l’empattement est réduit grâce à un bras oscillant plus court, le cadre est basculé sur l’avant ce qui referme l’angle de la colonne de direction ) et de sa roue avant de 17 pouces. La taille des pneus (des Pirelli Diablo Rosso) reste raisonnable, aussi (160 pouces à l’arrière). Tout cela contribue à donner une machine instinctive et facile à emmener, agile mais précise dans les virages. Bref, on laisse à son guidon libre-cours à ses envies de sensations, sans jamais se sentir dépassé ni hors-contrôle. Nul besoin de brevet de pilotage pour prendre son pied, et c’est en cela que la Thruxton R permet de renouer avec des plaisirs sportifs oubliés.

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Triumph aime à présenter la première Bonneville, celle de 1959, comme la première Superbike de l’histoire moto, et c’est vrai que cette T120 était alors la machine la plus performante de son époque. Avec cette Thruxton R, le constructeur invente un nouveau créneau, le sport néo-rétro : elle a la beauté d’une néo-classique, l’équipement d’une sportive moderne. Mais son charme est 100% rétro : il renvoie à cette époque où l’on pouvait se tirer la bourre sur des motos qui n’étaient pas encore de missiles sol-sol, sur des routes qui n’étaient pas toutes farcies de pièges à permis. La vraie époque du café-racer, en quelque sorte !

Texte Bertrand Bussillet. Photos Triumph.

 Fiche technique

Moteur : bicylindre parallèle calé à 270° – 1200 cm3 – 1 ACT, 8 soupapes – injection électronique – 97 chevaux à 6750 tr/mn – 112 Nm à 4 950 tr/mn – Boite à 6 rapports.

Partie-cycle : cadre double berceau en acier – bras oscillant en aluminium – roues AV & AR en aluminium, 32 rayons, 17 pouces – fourche Showa inversée, 120 mm de débattement – deux amortisseurs Ohlins réglables, 120 mm de débattement – freinage : 2 disques Brembo avant de 310 mm avec étriers radiaux Brembo à quatre pistons ; 1 disque Nissin arrière de 220 mm – ABS

Dimensions : hauteur de selle 805 mm – empattement 1415 mm – réservoir d’essence 15,5 l – poids à sec 203 kg

Prix : 14 900 euros

Coloris : Diablo Red, Silver Ice, Matt Black

www.triumph.fr