Mandatory Credit: Photo by RICHARD MITCHELL / Rex Features ( 263102l ) R H Bob Dylan Bob Dylan in concert at De Montford Hall, Leicester, Britain - 1960s /REX_DYLAN86_263102l//0801041943

Qui ici est capable de citer ne serait-ce que deux noms d’écrivains ayant obtenu le prix Nobel de littérature au cours de ces 10 dernières années ? Pas facile, hein ? Pour 2016, ça sera facile, le récipiendaire, qui n’avait rien demandé, a suscité la colère des tribus bien pensantes des écrivains chafouins, des commentateurs coincés et autres trolls (antisémites, déclinistes et hurluberlus de tout poil). Donc voilà, c’est Bob Dylan qui a touché le gros lot de la récompense ultime, et forcément, ça nous fait bien plaisir. D’abord parce que c’est un ami de la famille, dont tous les livres et autres exégèses mentionnent l’accident (réel ou fictif, on ne saura jamais) du 29 juillet 1966, quand il se planta sur sa Bonnie, suscitant un break d’un an et demi dans sa carrière avant de la redémarrer de façon magistrale.

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Mais surtout parce que la pop culture méritait cet hommage. Alors certes, les livres de Dylan sont rares (Tarantula, inbitable, et le premier tome de ses mémoires, brillant mais jamais poursuivi), les paroles de ses chansons sont souvent absconses, mais ceux qui prétendent que l’immense et bougon chanteur folk-rock, l’icône de la contre culture, devenu des dernières années papy bourlingueur depuis qu’il a démarré, en 1998, son « Never Ending Tour » (3000 concerts depuis, entre pur moment de génie et catastrophe sonique, c’est selon) n’a rien à voir avec la « littérature » sont des couillons. Il n’est pas besoin de revenir sur le leg incommensurable de Robert Zimmerman au XXe siècle, il est sur le podium avec Picasso, Chaplin et qui vous voudrez.

Au pire, chacun a dans son disque dur mental un best of avec “Like A Rolling Stone”, “Mr Tambourine Man”, “Blowin’ In The Wind”, “Hurricane” et quelques autres de la même trempe inoxydable. Dans une musique de rythme, qu’on appellera pour simplifier le rock’n’roll, Dylan a mis en vitrine le MOT. Les mots. Leur pouvoir d’évocation, leur message séditieux à l’occasion, l’émotion et la poésie en prime. Raconter, questionner, surprendre, évoquer, transmettre : les sentiments, la colère, l’indignation… Si tout le reste est littérature, n’en déplaise aux pisse-froid, Bob Dylan l’incarne dans ce qu’elle a de plus pur, et certainement de plus moderne. Personne ne lit ses livres, mais il promène sa poésie sur les planches depuis bientôt six décades. En emmerdant tout le monde, et ma foi on ne peut que lui donner raison.

J-E P