Disparition : Philippe Aller, cœur de Voxan

Philippe Aller fut longtemps en deuil. Visiteur régulier du magazine, il venait souvent nous raconter sa passion des Voxan et sa tristesse de leur disparition, un jour de mai 2010. Cela faisait neuf ans tout juste que Philippe avait découvert le constructeur français, quand il avait troqué sa Triumph Trident pour un modèle Café Racer (le numéro 6 précisément), et le soutenir devint instantanément son sacerdoce. En novembre 2001, il participa à la création du Voxan Club de France à Issoire, sous la houlette de Thierry Cantin, pour participer au sauvetage du constructeur déjà en danger, et s’impliqua corps et âme dans sa nouvelle mission : secrétaire, puis président du club, il porta haut les couleurs Voxan, sur les routes et même les circuits européens, prosélyte infatigable. La fin de l’aventure Voxan lui porta un coup terrible, donc, et Philippe finit par s’éloigner du club, avant d’y revenir ces dernières années. Il en était d’ailleurs à nouveau le vice-président.

Philippe Aller s’est éteint subitement samedi 7 septembre à l’âge de 61 ans. Cafe Racer présente ses plus sincères condoléances à sa famille ainsi qu’à tout le club Voxan.

Trois semaines avant la dispersion définitive de Voxan, en mai 2010, Philippe avait visité une dernière fois l’usine d’Issoire, sous la direction du commissaire-priseur en charge de la sinistre besogne. Le président du club en avait tiré un texte très émouvant, publié dans le Cafe Racer #46. En hommage à cet homme de passion, nous avons choisi de le publier ici à nouveau.

Ben voilà, ce matin à 8h50, nous y étions tous les 3 devant chez VOXAN. Mister Bernard VASSY, le commissaire-priseur était là et nous attendait, moi, Ness et Jive. Ben cela a été dur de chez dur d’un point de vue émotion…

Au début la visite faisait assez bizarre, il n’y avait personne, bien sûr mais tout était là : les motos (des VX) sur la chaine de montage, avec tout plein de pièces tout autour, comme si c’était une visite d’un we… Et puis on se dirige vers le banc de mise au point ; là c’est le premier choc : le plafond est tombé sur une VX10 en attente d’habillage, il y a du plâtre partout… Mais bon, avec Ness, on est tout excité car la porte de R&D s’ouvre enfin, Jivaro connaît déjà lui. Là c’est le choc, les poils qui se hérissent, nous sommes dans l’antre : avec Ness on regarde tout, on touche tout, on prend tout en photo, c’est l’extase !!! On voit, on touche des modèles fabuleux, des maquettes à l’échelle1 tout en terre, plein de pièces moteur et puis le musée…

Le fameux musée que l’on peut admirer quelques instants tout seuls car Daniel « travaille » Vassy pour que tout se passe au mieux… Il y a la première VOXAN, la rouge avec un moteur Rotax qui a servi de base au développement des futures VOXAN. Il y a les motos de course qui ont participé aux 24 heures du Mans, celle de Paris Nord Moto ou qui ont été préparées par Alain Chevallier. Il y a un magnifique café avec le premier carénage, les pièces de la potence et de la bâche à huile soudées, le premier roadster et plein de belles choses.

On retrouve les ‘’techniciens’’ dans d’autres pièces que nous ne connaissions pas, on apprendra par la suite que c’était à cet endroit qu’ont été montés les moteurs de compétition, une pièce anodine avec un meuble à tiroirs ; ce sont tous les plans !

 

 

 

 

 

 

Les journalistes de ‘’La Montagne’’ sont là ; ils nous demandent nos impressions… C’est un énorme gâchis, c’est tout ce qu’on arrive à dire, avec un sourire pincé … Je commence à avoir les glandes, je me rends compte que VOXAN se livre à nous, sans réserve, que nous pouvons tout voir, tout fouiller, tout violer. J’en prends plein la tronche parce que à ce moment précis, VOXAN vient de tomber de son piédestal…
J’ai presque honte, je n’arrive plus à regarder, ou plutôt je n’arrive plus à me souvenir de tout ce que je vois. Je demande à Ness de prendre des photos, encore des photos tout prendre en photos parce qu’après ce sera fini…

Et puis on retourne dans les pièces connues et on laisse ces six pièces historiques. On retrouve Vassy qui voit bien que nous sommes de plus en plus désemparés et il lâche ce que nous ne voulions pas entendre (enfin au moins moi), ce que, depuis novembre 2001, moi, comme beaucoup d’autres du VCF on ne voulait pas : « Je suis ici pas pour vendre VOXAN, je suis ici parce que VOXAN est démantelé et tout doit disparaître… »

Je suis là, en bout de chaîne, à l’endroit où les motos quittaient la chaîne de montage pour aller charger le programme d’injection, se faire tester au banc et je viens de prendre une grosse baffe : VOXAN est démantelé. Je laisse tout le monde et je remonte la chaîne, je regarde tous ces postes de montages et je remonte au début à la genèse, là où les embiellages sont assemblés, là où tout commence, là où plus rien ne commencera et je craque complètement. Je chiale comme un gosse je ne peux plus retenir cette émotion (d’ailleurs je suis encore en train de chialer en écrivant tout ça).

Ce n’est pas possible merde ! A un mois près, cela fera 10 ans que j’ai mon café !

Et là tout est fini, bien fini… J’ai envie de me barrer de sortir de ce calvaire et puis je continue à me vider, avec une boule énorme dans la gorge, mes yeux tombent sur toutes les petites boites de pièces, de visserie, de joints, et mes putains d’yeux qui n’arrêtent pas de couler …

Alors je me dis que mince, nous ne sommes que trois du VCF à être là et que par respect envers vous tous, il faut, je dois surmonter toute cette émotion. Je retourne vers le groupe, je sens bien que tous sont troublés.

VASSY nous dit que pour lui c’est important de comprendre ce que je (nous) fais passer ; il sait qu’il vend par lots bien plus que des bouts de métal ; c’est vraiment un mec bien. Du coup, je n’ai plus trop suivi la visite, Je crois savoir qu’il a apprécié la présence technique et constructive de Daniel et qu’il va participer activement à l’élaboration de certains lots…

J’ai été un peu long, mais il fallait que je l’écrive tout de suite, pour ne pas oublier… pour que VOXAN vive encore …

Mercredi 14 avril 2010

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