Dossier : Les roadsters électriques ouvrent la voie

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Je suis parti à la recherche de motos électriques actuelles, inspirées du mouvement Cafe Racer. Je suis revenu avec 4 roadsters haut de gamme à la pointe de la technologie. Attention, ça pique.

Motos électriques de race et de niche

Aujourd’hui, on envisage encore les motos électriques dans des environnements urbains avec des points de recharge accessibles partout. Pourtant les véhicules dont nous allons parler se dévouent à la route et la vitesse. Et pour cause, deux d’entre eux sont nés prêts des circuits et jouissent de technologies tout aussi avancées que les engins qui les sillonnent.

Pour parvenir à proposer des performances toujours plus grandes, certains inventeurs poussent design et technique dans leurs retranchements. Des projets aux coûts parfois colossaux dont ressortent des prototypes ou de la très petite série. Leurs créateurs les vendent alors en tant que produit de luxe et assument de s’adresser à une niche d’acheteurs nantis.

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Si la recherche de puissance pure peut-être contestée, ces projets ont le mérite de permettre l’émergence de technologies que l’on retrouve ensuite réinvesties ailleurs. Ainsi une batterie de moto électrique novatrice servira-t-elle potentiellement de base au développement d’un nouveau genre d’éolienne.

Sora génération 2 : Supermotos électriques

Lito Green Motion est créée en 2009 par Jean-Pierre Legris qui anticipe à l’époque le développement du marché des motos électriques. Il fonde son entreprise sur cinq principes de base : innovation technologique, design poussé, qualité supérieure, performances optimales et exclusivité. Tout simplement.

En 2014, la marque lance l’édition limitée Sora de première génération. La société québécoise introduit ainsi la première supermoto électrique au monde et dans les cinq ans qui suivent, la fiabilité de la machine est confirmée partout. La Sora, seconde génération, est révélée en mai 2019, lors du rassemblement Quail en Californie.

Entre l’ainé et la petite sœur, de nombreuses choses ont changé. On est passé d’un moteur AC de 42 kW à 80 kW (équivalent à 107 chevaux). Elle a également perdu 11 kilos grâce à une coque intégralement en fibre de carbone. Elle possède une autonomie de 300 km avant recharge et il vous faudra 5 heures pour remplir la batterie de nouveau. 

Pour la partie cycle, elle s’équipe de suspensions Öhlins entièrement réglable et un système de freinage Brembo.

Enfin une innovation intéressante du point de vue de la sécurité : son phare LED s’adapte en éclairant l’intérieur de la courbe pendant un virage nocturne.

La Sora n’a été tirée qu’en 20 exemplaires, déjà tous vendus dans les 75 000 euros pièce.

Sarolea N60 : Des sportives aux roadsters électriques

Sarolea est une entreprise belge de fabrication de motos fondée en 1850. À cette époque, elles sont cinq dans le monde à se partager le secteur. Son premier véhicule à moteur électrique sort en 1901. Celui de l’image date de 1920.

L’entreprise bat de l’aile après la seconde guerre mondiale avec l’arrivée des motos japonaises sur le marché européen. Elle poursuit la vente de pièces détachées jusqu’au début des années 70. Pour les plus curieux, l’entreprise raconte son histoire sur son site.

En 2010, Torsten Robbens achète les droits de Sarolea. Il a alors surtout travaillé comme ingénieur spécialiste de matériaux composites. Sa famille est liée à Sarolea par un grand-oncle qui courrait sur leurs machines.

En 2012, son frère Bjorn le rejoint dans son aventure. Ils se lancent ensemble dans la réalisation de motos de courses électriques et font renaître Sarolea de ses cendres. En 2014, ils font courir leur moto SP7 au Tourist Trophy.

Par la suite, de nombreuses personnes expriment leur désir de leur acheter une moto. Saisissant cette chance, ils réinvestissent leur connaissance dans la création de roadsters électriques pour route ouverte. Leur dernière née est la Sarolea N60 réalisée avec le designer Serge Rusak qui prend la pose sur l’image. 

Comme toutes les motos des frères Robbens, la N60 est un must en termes d’exigence à de nombreux égards. Tout d’abord, son autonomie se situe entre 200 et 300 km. 

Les fibres de carbone qui constituent sa coque assurent sa robustesse et son poids se limite à 215 kilos. La fourche et les amortisseurs viennent de chez Öhlins. Les freins sont des Beringer et les jantes forgées proviennent de chez OZ.

Proposition originale, le projet s’associe avec 3 autres marques qui joignent à la moto un costume intégrant des protections, un casque et un couteau. Les précieux objets sont respectivement réalisés par Café Costume, Hedon et Studio Blade. 

Nawa Racer : Les motos de laboratoire 

Le monde de la moto électrique est intimement lié à celui des batteries et leurs évolutions. Deux enjeux s’en dégagent, potentiellement contradictoires. D’un côté la recherche de puissance pour les constructeurs qui veulent s’aligner sur les chiffres du moteur thermique. D’un autre côté, la responsabilité environnementale ou comment générer le plus d’énergie possible pour une empreinte minimum.

L’entreprise française Nawa créée en 2013 participe à cette course à l’énergie. En janvier 2020, Nawa fait parler d’elle en présentant un prototype de moto électrique au CES de Las Vegas (Le Consumer Electronics Show est une immense foire dédiée aux technologies électroniques).

En février 2020, elle lève 13 millions d’euros pour développer ses cellules d’un genre nouveau. Notons également que son fondateur, le docteur Pascal Boulanger, travaillait précédemment chez Saclay, partenaire des frères Robbens sur le projet de la Sarolea.

Passons en revue les caractéristiques de la moto annoncées par Nawa. Le cadre de la Nawa Racer se compose de fibre de carbone, il pèse 150 kilos. En ce qui concerne ses performances, elle annonce passer de 0 à 100 km/h en moins de 3 secondes, pour une vitesse de pointe de 160 km/h.

Grâce à leur recette secrète, Nawa annonce que la batterie de la moto pourrait être rechargée à 80 % en moins d’une heure, et ce à partir d’une prise électrique standard.

Pour l’instant, la Nawa Racer n’a pas vocation à exister comme produit de série, mais on retrouvera sans aucun doute les technologies Nawa sur d’autres véhicules électriques à l’avenir.

Luna de Tarform : Des roadsters électriques vertueux 

Se tourner vers les véhicules électriques est un premier pas pour réduire notre empreinte, mais il ne suffit pas. Tous les matériaux qui constituent nos objets et outils devront à l’avenir être pensés pour s’insérer dans des cercles vertueux de transformations successives. Un défi que Tarform semble vouloir relever. 

Comment dépasser l’évidence de matériaux comme l’acier, le caoutchouc ou le cuir, qui fondent depuis toujours l’expérience sensorielle de la moto ? Pourtant sur la Luna de Tarform, la selle est constituée de cuir végétal, des fibres de lin forment la coque à la place du plastique et des pigments dérivés des algues remplacent les peintures chimiques.

Le cadre en aluminium est recyclable et la batterie est pensée pour être remplaçable à mesure de ses évolutions. La beauté est elle aussi un gage de durabilité, nous disent les designers, car personne ne souhaite jeter un objet qu’il trouve beau.

Alors à qui s’adresse ce véhicule avant-gardiste ? On peut douter de l’intérêt des riders boomers pour ce genre de propositions ; eux qui n’ont pas grandi avec l’épée de Damoclès du réchauffement climatique au-dessus de la tête.

Mais pour les générations suivantes, impossible d’envisager brûler sans compter essence et caoutchouc. Or ces nouveaux motards et motardes sont en train d’intégrer progressivement le marché du travail et seront les acheteurs de ces roadsters électriques de demain.

Côté chiffres, Luna possède une autonomie de 193 kilomètres, sa batterie se charge à 80 % en 1 h comme le prototype de Nawa. Elle monte de 0 à 100 km/h en 0,8 seconde et peut atteindre 150 km/h en vitesse de pointe. Elle pèse 199 kilos. Luna se présente également comme un véhicule haut de gamme, son prix de départ est de 24 000 dollars.