Poutres ou périmétriques, Georges Martin a construit plus de 6800 cadres depuis ses débuts en 1972. Il est le plus connu des artisans français, l’âme du café-racer hexagonal : lui rendre hommage était une évidence.

Juillet 1970 est la date décisive pour les motos Martin, non ? J’étais dessinateur industriel à Paris : je travaillais rue Lafayette, à côté de Moto Revue. Tous les vendredis midi, j’y allais pour acheter le nouveau numéro. Un vendredi de la mi-juillet 70, j’y vais donc et vois garé, devant le bistrot en bas du journal, le break de Christian Bourgeois avec sa Yamaha TD2 ou TD3, qui devait s’en aller sur un circuit. Assis à côté de lui se trouvait Dave Degens qui remontait de Barcelone où il venait de gagner les 24 heures de Montjuich avec sa Triumph 500. Depuis longtemps, j’avais envie de faire un cadre pour ma Honda, pour la rendre plus légère et maniable. Voir Degens, l’acteur des motos que j’aimais, mettre ainsi un visage sur un nom, m’a décidé à franchir le pas : en retournant au bureau, je n’avais plus envie de dessiner mes ascenceurs !

Quand passes-tu à l’acte ? Dans l’hiver 70-71, j’ai arrêté de travailler pour ouvrir un petit garage de moto, rue François de Neufchâteau, dans le 11e arrondissement parisien. Je ne faisais que de la CB 750 : comme je n’étais pas mécanicien à la base, je ne connaissais que cette moto car j’avais démonté, remonté, gonflé la mienne. Il y avait tellement de CB, et j’avais un tel réseau d’amis, que je pouvais me permettre de ne faire que ça. J’étais tout seul.

Quand arrivent les cadres ? C’est la construction qui me passionnait, la volonté de rendre ma moto plus légère. Après avoir travaillé pour les clients, je montais mon cadre le week-end. Est arrivé le premier salon de la moto de course organisé à la Bastille, ce devait être en 1972 — je n’ai pas la mémoire des dates, mais c’était hier. J’y ai amené ma moto, et visiblement, elle répondait à une attente. J’ai eu une commande, puis deux, trois, quatre… c’était parti.

Quand passes-tu à l’industrialisation des cadres ? Je suis resté dans le garage environ deux ans, puis je suis retourné aux Sables-d’Olonne vers 1975 pour, effectivement, industrialiser les cadres Martin. J’ai eu un ouvrier, puis cinq, puis la concession Kawasaki, grâce à monsieur Maugendre qui était vraiment à notre écoute… Pour les motos, nous sommes montés jusqu’à 20-25 personnes. On avait une grosse activité de revente aux professionnels, avec un catalogue de toutes les pièces qu’on fabriquait.

Quelle est la chronologie des cadres Martin ? On a donc commencé par le cadre poutre pour la Honda 750. Puis le cadre Cantilever : on a fait tous les gros quatre cylindres encadrables, et même ceux qui l’étaient moins comme la Yamaha 1100 XS pour laquelle on avait dû développer un kit de transmission par chaine. On a fait des deux-temps, bien sûr, mais pas de petites cylindrées en quatre-temps, à quelques exceptions près : ce n’était pas des projets bien pensés, même si suffisants pour l’époque… Puis, quand Suzuki a sorti la GSX, le moteur était si monstrueux qu’il ne rentrait pas dans notre Cantilever ! Nous avons alors fait le premier périmétrique, qu’on reconnaît pour son tube au dessus du carter d’alternateur.

De nombreux artisans français se sont essayés au cadre. Comment expliques-tu que tu sois le seul à avoir connu une telle réussite ? La réponse est très simple… Dans tout domaine, il faut deux choses : je crois que nous avons eu du succès parce que un, j’ai fabriqué ce qui répondait techniquement à l’attente des gens ; deux, j’ai su leur parler pour leur vendre. Pourquoi les autres ne prenaient-ils pas de stands sur les salons ? Pourquoi ne chromaient-ils pas leurs cadres ? Ils étaient peut-être attirés par une voie autre que celle que j’avais prise. Moi, j’avais la communication qui plaisait aux gens car je les écoutais et les comprenais.

Extrait de l’interview publiée dans Cafe Racer #81. Photos Denis Boussard et Yan Morvan

L’expo Moto Martin

Réunir le maximum de machines construites autour du cadre Martin : tel était notre objectif. Outre les machines emblématiques que nous exposons sous la tente Martin, une parade aura lieu sur l’anneau dimanche à 15h30. Elle est bien sûr exclusivement réservée aux Martin !