Harley-Davidson LiveWire : galop d’essai barcelonais

Qui a dit que le vénérable constructeur Harley-Davidson cultivait une certaine inertie dans la conception technique de ses machines ? L’arrivée de cette LiveWire relève au contraire d’une démarche audacieuse de la part du constructeur américain qui a toujours soigné le son, les vibrations et le caractère mécanique bien présent de ses motos ! Plus habitué à sentir sur ces motos vrombir entre vos pattes un gros bicylindre culbuté, force est de constater que cette LiveWire présente une certaine rupture avec le passé. Du gros moulin thermique très présent, on passe à la propulsion électrique silencieuse… Déconcertant !

Passé le cap de la découverte de la fiche technique, la rupture avec les standards de la marque intervient au moment de poser le regard sur cette LiveWire. Alignées côte à côte dans les trois coloris disponibles, ces Harley ont une sacrée gueule ! La présence de la machine est assurée par un dessin et une ligne novatrice. Massive dans ses proportions, c’est évidemment l’ensemble batterie-moteur-transmission qui saute aux yeux. Enchâssé dans l’élégant cadre périmétrique en aluminium, cet assemblage est chapoté par un séduisant « faux » réservoir qui reprend, dans les lignes générales, les standards Harley. On passe ensuite sur le carénage tête de fourche et son phare entièrement en LED, qui apporte par ses lignes tendues un dessin novateur. Pour finir, il faut noter le haut degré de finition d’ensemble de la machine qui présente des carénages bien ajustés, un élégant bras oscillant toujours en aluminium et une tripaille électrique qui se fait ici pour une fois très discrète. Seuls les fils à nu des clignotants à l’avant pêchent un peu…

Au moment d’enfourcher la belle, son étroitesse saute aux yeux. Ses volumes assez massifs vus de l’extérieur sont contrecarrés par une finesse bienvenue. On retrouve une position de conduite typée gros roadster plutôt sportif. Bien assis sur une selle un peu ferme, on enserre ainsi facilement la machine en prenant appui sur la sellerie qui remonte sous le « faux » réservoir. Avec les pieds placés à l’aplomb du bassin, on a les jambes assez repliées et le dos penché sur un cintre pas trop large. Le pilote fait face à un écran TFT de 4,3 pouces tactile et dont l’orientation est réglable de bas en haut. Bien vu pour le régler en fonction de votre corpulence ! L’affichage est ensuite personnalisable avec deux thèmes possibles et des informations de conduite que l’on peut plus ou moins faire apparaître à l’aide du joystick au commodo. Sur un fond noir très sobre (presque trop !) on peut ainsi faire apparaître en plus des classiques informations de Trip, Vitesse ou Heure, la température des batteries ou un accéléromètre… On peut aussi choisir parmi les sept modes cartographiques proposés, dont les trois derniers sont personnalisables à souhait (Sport, Route, Pluie, Autonomie, 3 modes personnalisables). Vous pourrez ainsi y ajuster à votre gré le niveau de puissance accordé par le moulin, le degré de frein moteur, la sensibilité à l’accélérateur et le niveau du Traction Control. Pour finir, cette LiveWire est évidemment une machine « connectée ». Vous pouvez ainsi relier à la moto en Bluetooth votre smartphone avec l’application Harley pour recevoir des appels, écouter votre musique favorite ou suivre des indications GPS. Sans véritablement afficher une carte, des fléchages se chargeront de vous mener à bon port.

La mise en route du moulin est ensuite assez étonnante pour une Harley. Après avoir mis le contact au commodo, une brève pression sur le démarreur n’éveille plus un cœur endormi… Une fois les fines barres lumineuses de part et d’autre du tableau de bord passées au vert, la LiveWire est « en route ». Et cela sans aucun son ! Seul un très léger battement, qui s’apparente à un rythme cardiaque se laisse ressentir dans la selle et fait un peu bouger la machine. Réglable sur deux positions, il apparait trop léger pour être suffisamment perceptible. Dès lors, ne tentez pas de faire vrombir le moulin à l’arrêt, comme vous auriez aimé le faire avec un moteur thermique. Dans ce cas, la LiveWire pourrait partir très brusquement entre vos pattes !

Les premières sensations au guidon sont feutrées, exception faite du « pshiiiiiii…. » du moteur électrique. Si l’on ressent un peu au début dans les manoeuvres les 249 kilos de la moto, déambuler à son guidon en ville est ensuite agréable. Plutôt agile avec bon rayon de braquage, cette LiveWire dispose surtout d’une mécanique silencieuse. On découvre ainsi les plaisirs de flâner dans le calme, le nez au vent à basse vitesse dans les ruelles. Et c’est finalement une sensation assez reposante au quotidien. On apprécie ensuite l’immédiate disponibilité du moteur électrique avec sa poussée non linéaire qui vous sort de la moindre embûche en un rien de temps. Malgré le poids de la machine, les départs au feu rouge vous scotchent sur le fond de votre selle et vous catapultent vers de nouveaux horizons.

Et c’est rapidement vers le réseau secondaire, que nous nous dirigeons pour juger de ses prestations. Du mode « Road », je passe en « Sport ». Les poussées sont alors nettement plus franches et le frein moteur plus perceptible. Dans ces conditions, les accélérations n’en finissent pas de vous tracter en avant et les près de 116 Nm de couple et 105 ch déferlent avec force suivant une courbe plutôt exponentielle. Je vais ensuite peut être passer pour quelqu’un de vieux jeu, mais le silence mécanique, agrémenté du « pshiiiiiii…. » électrique apprécié en ville quelques heures auparavant, est cette fois-ci très présent. Là, où avec une mécanique thermique Harley on prend plaisir à sentir lors des accélérations les sons et les vibrations du V-Twin, vous n’aurez ici que le « pshiiiiiii…. » électrique pour ravir vos oreilles. Sur une Harley, c’est une question à méditer…

Dans ces conditions, la partie-cycle, fait elle confiance à des éléments Showa haut de gamme qui assurent la partition. Avec une mécanique si vivante, on se prend rapidement à mener bon train et rentrer avec vigueur en courbe sur les freins, sans risquer de finir dans le décor. Notre modèle d’essai présentait un bon accord de suspension, apportant de l’homogénéité à la partie cycle et de la rigueur une fois posée sur l’angle. Et puis au moment de prendre les freins, les étriers 4 pistons Brembo à fixation radiale assurent tant au niveau de la puissance que dans le feeling au levier avec du mordant. Couplé à un étrier simple piston à l’arrière et un ABS sur l’angle (C-ABS) et centrale IMU, cet ensemble vous permettra de facilement stopper les velléités de cette américaine. Dès lors, les virées sportives le week-end entre amis sont largement possibles, si vous tenez compte de l’autonomie de l’ordre de 150 km en conduite mixte. Ensuite, comptez une bonne nuit sur une prise secteur classique pour recharger les batteries.

Adepte en temps normal des mécaniques thermiques bruyantes et vibrantes, Harley-Davidson propose avec sa LiveWire une étonnante alternative électrique. Vive, puissante, bien née et silencieuse en ville, elle a des arguments pour convaincre. A 33 900 €, elle le fait certes payer un peu cher, mais cette LiveWire ouvre une brèche pour le constructeur américain qui désire développer d’autres machines électriques à l’avenir. Sans évidement renoncer aux moteurs thermiques, saluons la prise de position du constructeur de Milwaukee.

Texte Matthieu Brotel. Photos H-D.

Fiche technique

Type électrique à aimants permanents et à refroidissement liquide – 105 ch – 116 Nm – Cadre périmétrique aluminium – Fourche inversée Showa SFF-BP – 1 amortisseur Showa SFF-BP entièrement réglable – 2 disques avant ø 300 mm, Brembo Radial (4 opp) – 1 disque arrière ø 260 mm – ABS sur angle – Roues 17’’ – Selle 787mm – Batterie lithium-ion de 15,5 kWh de capacité + Batterie d’appoint 12V 5A pour alimentation éclairage – Temps de charge annoncé entre 1 et 12 heures en fonction du type de prise – Poids en ordre de marche 249 kg – Tarif: 33 900 €.

www.harley-davidson.com