Hommage : Philippe Debarle, génial touche-à-tout

0
940
Philippe Debarle

Notre confrère et ami Philippe Debarle est décédé le 9 octobre dernier à l’âge de 69 ans. Avec lui s’éteint la carrière la plus éclectique des journalistes moto, un jour reporter, le lendemain organisateur… On lui doit clairement l’arrivée des sports américains en France.

Texte Jacques Bussillet. Photos archives.

Le hasard détermine souvent nos vies : parce qu’un jour ils avaient eu des billets gratuits, le père de Philippe Debarle l’emmena voir des courses à Montlhéry. Les autos ne l’intéressèrent pas, par contre le spectacle des motos l’a immédiatement fasciné. A 16 ans il va bosser dans une usine d’embouteillage, trouve ça glauque, s’engage dans l’armée pour y passer un brevet de mécanicien. Ayant compris que le cœur d’une course c’est les stands, il contacte Thierry Tchernine dont il avait trouvé le numéro de téléphone dans une petite annonce, pour lui proposer d’être dans son équipe au Bol d’Or en 1969 à Montlhéry. « J’aurais pu bosser comme mécanicien, mais en fait j’avais envie d’être journaliste », a-t-il confié un jour.

Imola 200, le Premier reportage

200 Miles Imola 1972 - @M.Montange

Début 72 , Philippe franchit le pas, se fait accréditer aux 200 Miles d’Imola en Italie et réussit à vendre son reportage à un journal belge. 200 Miles Imola 1972 - @M.Montange

Après quelques piges ici ou là, il propose à Moto Journal de devenir correspondant aux Etats-Unis où il va passer trois ans. Une période où il vit avec les pilotes, voyage avec eux, dort chez eux, car leur nomadisme de course en course est bien proche de celui du Continental Circus. « La galère c’était les heures de camion : de Californie en Floride ou dans l’état de New York, il fallait se taper plus de trois mille bornes de freeway, à l’aller comme au retour. »

De cette période il a gardé des amitiés solides, et quelques anecdotes croustillantes. La plus invraisemblable étant qu’un jour où le pilote qui le trimballait avait repris la route dès la fin du meeting, Philippe avait juste eu le temps de récupérer une mauvaise copie de la feuille de résultat sur laquelle manquait la première ligne. « Pour bouffer il fallait que j’envoie dare dare mon texte et mes photos à MJ, alors pour les résultats j’ai décalé toute la colonne et fait gagner le deuxième, en me disant qu’un short-track de plus ou de moins, ça changeait pas grand chose à la carrière des bonhommes. »

Dragster et Supermotard

A son retour en Europe, Philippe ose créer Moto Presse, un hebdo sortant le mercredi, avec des copains. Un beau poil à gratter pour Moto Revue et Moto Journal qui réagissent en sortant aussi le mercredi. L’aventure ne va durer que quelques mois, les deux autres vont pouvoir retrouver leur rythme du jeudi, mais cette tentative  a bien secoué leur cocotier. Du coup, Debarle intègre la rédaction de Moto Revue pour y couvrir les Grands Prix. Il y restera quelques années, mais il a la bougeotte.

Dragster Le Mans 1981. @Stan Pérec
Philippe Debarle (à droite) avec Dany Dieudonné.

Dragster Le Mans 1981@Stan PérecDragster Le Mans 1981@Stan PérecSans cesser d’écrire, Philippe Debarle endosse la casquette de l’organisateur, lançant le premier dragster festival au Mans en septembre 1980. Suivra la création du magazine Nitro. Puis en 1981, il importe, toujours d’Amérique, le Supermotard : la première course a lieu à Carole et réunit les pilotes les plus prestigieux sur les motos les plus improbables. Supermotard Carole - 1981. @Stan PérecSupermotard Carole - 1981. @Stan PérecSupermotard Carole - 1981. @Stan PérecSupermotard Carole - 1981. @Stan Pérec

Supermotard Carole - 1981. @Stan Pérec

 

Huit ans plus tard, Philippe lance le championnat du monde Superbike avec le pilote Steve McLaughlin. En 1982, En 1983, lorsque Larivière crée le Super cross de Bercy, Philippe en devient speaker avec Bernardelli. Une nouvelle vocation lui vient, qui va durer presque trente ans: micro en mains il commente un bon nombre d’épreuves, dont les 24 Heures du Mans auto et moto ou le Grand Prix de France. Ainsi qu’un certain nombre d’épreuves de vitesse françaises, au cours desquelles il continue à se lier avec des pilotes. Son œil acéré est toujours là pour dénicher et mettre en valeur les jeunes talents, les soutenir en les faisant connaître. « Philippe a été incroyable, dit de lui Christophe Guyot. Dès le début de ma carrière il m’a soutenu, encouragé, rédigeant mes premiers communiqués de presse bénévolement. »

Vive la télé

Cette activité de speaker amènera Philippe à bosser pour la télé, l’émission Automoto de TF1 et plus tard Eurosport où il a commenté principalement les Superbikes. Et toujours des collaborations avec la presse écrite puis, ces dernières années, des sites internet, le dernier en date étant Paddock GP où il diffusait des articles avec toujours la même rigueur, vérifiant deux fois ses infos avant de les publier.

Philippe avait combattu il y a quelques années avec un cancer qui « lui foutait la paix » selon ses termes. Mais cette vacherie a décidé de se réactiver soudainement et l’a emporté le vendredi 9 octobre, à l’âge de 69 ans.

Philippe m’a toujours bluffé, car c’est pas évident d’effectuer une aussi longue carrière en étant un touche-à-tout génial et un journaliste méticuleux, sans perdre un poil d’enthousiasme et de passion. J’oubliais : la photo ne le passionnait guère mais de sa période américaine il reste de magnifiques images de dirt-track car ça aussi il savait faire …