Concept novateur des années 70, la monocoque a-t-elle de l’avenir ? Plusieurs préparateurs le pensent qui habillent leurs machines d’un ensemble selle-réservoir d’une seule pièce. Contrairement aux machines de compétition développées par Ossa ou Eric Offenstadt, la monocoque n’a là pas de rôle structurel, c’est du pur habillage à l’image de la Honda Seven-Fifty de Pierre-Louis Stefani, gérant de l’atelier SPL à Burmerange au Luxembourg. Le châssis reste donc celui d’origine, la monocoque comprend ici l’ensemble réservoir/selle façonné en interne à l’atelier. Ancien concessionnaire Honda durant une vingtaine d’années et préparateur moto depuis 1986, Pierre-Louis a mis dans ce projet tout son savoir, pour apporter à cette base de travail mainte fois utilisée par le passé, une touche d’originalité.

« J’aime les Seven Fifty, pour le dessin à l’ancienne de ses fonderies de bloc moteur et ses ailettes bien apparentes. Elégant à regarder, c’est aussi une bonne base de projet, facile à dégoter et qui plus est, peu onéreuse à l’achat. » Rachetée en sale état esthétique aux Domaines, cette Honda de 1992 n’avait alors que 14 000 kilomètres au compteur. Après un démontage en règle, Pierre-Louis put débuter la conception de la monocoque. Il commença par couper l’arrière de la boucle du cadre, juste après l’attache supérieure des amortisseurs, pour l’ajuster aux dimensions de la nouvelle coque. A l’aide de simples feuilles de carton, il créa ensuite son patron directement sur la machine, avant de réaliser l’ensemble en tôle d’acier de 0,8. « Je suis parti du réservoir d’origine, monté sur ses supports en caoutchouc, pour façonner à la main le cul de selle avant de l’ajuster et le souder sur ce gros bidon d’essence. » Pierre-Louis entend par ajustage, les dizaines d’heures passées à repousser chaque bord de selle et lisser l’ensemble, pour lui donner toute la finition qu’il mérite. « A l’arrière, la monocoque repose sur des arceaux courbés soudés au cadre et une seule vis papillon ! En enlevant la tôle d’alu qui supporte toute la signalisation arrière, on accède ainsi à cette vis qui permet d’enlever l’ensemble selle/réservoir d’un coup. » Cette structure cache en son cœur, une bonne partie du circuit électrique et la nouvelle batterie lithium-ion. Avec le retrait en plus de la boite à air remplacée par des cornets, la Seven Fifty se trouve dorénavant évidée au centre du cadre.

Pierre-Louis s’est ensuite attelé à la peinture de l’ensemble. Si sa société SPL travaille depuis de nombreuses années dans le milieu moto, ils sont aussi spécialisés dans la vente de produits de carrosserie dans l’automobile. C’est ce qui lui permit de dénicher cette peinture grise non métallisée, à effet aluminium. « Après avoir complètement peint la coque en noir brillant, on appose une dizaine de couches d’un film alu. dessus, avant de vernir l’ensemble plusieurs fois pour obtenir cet étonnant résultat. » Pour finir, seule la sellerie sur ce projet sera confiée à un tiers. Si Pierre-Louis fabriqua tout de même le fond de selle en fibre, l’ensemble de l’assise, ainsi qu’une large bande de protection sur le réservoir, sera recouverte de skaï marron grainé et gaufré. Au final, près de 80 heures de travail auront uniquement été nécessaires pour le monocoque ! Pour le reste, il reste encore du boulot….

La tête de fourche, apporte aussi sa petite touche d’originalité au projet. « Après mûre réflexion, j’ai décidé de tailler dans un vieux casque intégral cette tête de fourche, pour retrouver un beau galbe bien rond ! » On découvre au centre, une optique longue portée Hella (type automobile) et deux feux additionnels avec signalisations montés de part et d’autre du radiateur d’huile. A l’arrière, le bras oscillant d’origine garde son simple disque, mais reçoit deux nouveaux combinés filetés YSS tarés pour la machine. A l’avant ensuite, la fourche d’origine est délaissée au profit d’un train avant complet reconditionné (joints, fluides, roulements) de Honda CBR 954 RR avec disques, mâchoires de freins et maitre-cylindre. Les roues, proviennent elles, d’une Hornet en 17’’, avec des voiles de 5,5 pouces de large à l’arrière et 3,5 pouces à l’avant. Pour être adaptées, Pierre Louis dût trimer sur son tour pour usiner les nombreuses entretoises permettant le montage. Pour finir, les jantes seront chaussées de Pirelli Diablo Rain, normalement réservés à la compétition.

La mécanique reste plutôt stock. Pour libérer un peu la carburation mais pas trop, de longues pipes d’admission en alu (remplies de mousse de filtre à air type motocross), sont montées avant les cornets. Et au niveau de l’échappement, le collecteur d’origine est gainé de bandes thermiques, avant le montage de silencieux de Triumph Thruxton. Plusieurs carter moteurs et les ailettes du bloc sont polis, avant d’être adjoints de caches d’aluminium formés à la main autour des coudes d’échappement et de la chaine secondaire. Les commandes reculées réalisées par Pierre-Louis complètent une Seven-Fifty plus si classique que ça !

Matthieu Brotel