Trophées Jumeaux : happy birthday, Les Amis

Les Trophées Jumeaux regroupaient du 13 au 15 septembre dernier sur le circuit Carole un peu plus de trois cents cinquante machines classiques venant de l’Europe entière. « Les amis de Gérard Jumeaux » fêtaient le 25e anniversaire de leur manifestion, gérée par une équipe de passionnés et motards de la première heure. Les concurrents, souvent fidèles parmi les fidèles depuis les premières éditions, étaient regroupés en une dizaine de catégories allant des plus petites 50cm3 aux plus imposantes 500. Chaque classe a eu la chance, durant le weekend, de faire sept sessions d’une demi heure chacune. Ces trois jours de fête de la moto permettaient de redécouvrir sur la piste les merveilles de l’âge d’or de la moto de course.

Jacques Marchand, co-fondateur des Trophées Jumeaux et Horace, le président actuel de l’association, présentent la manifestation : « Ici aux Jumeaux on ne parle pas de courses. Les mecs se tirent la bourre parfois sur la piste, mais personne n’est là pour se doubler méchamment ou pour gagner quelque chose. T’es pas en grand prix ici, on vient à Carole pour faire rouler nos vieilles bécanes, prendre du plaisir avec les copains et passer un bon moment ! Au sein de l’organisation, on veut que les concurrents arrivent avec la banane et ressortent heureux des moments qu’ils ont passés avec nous. On tient à garder un esprit bon enfant sur la piste entre passionnés de vieilles mécaniques.»

Parmi les catégories, celles dédiées aux vieilles anglaises ont évidemment attiré les regards. Quatre-vingts machines en tout, parmi les plus belles de la production britannique y étaient ainsi réunies avec plusieurs Norton Manx, près d’une dizaine de Matchless G50, des Norton Commando et John Player.

Autre spécificité de cette manifestation, une catégorie dédiée aux side-cars garantissait le spectacle sur le circuit avec le balai des singes sur les attelages à chaque virage. Gérard Jumeaux, qui a donné son nom à l’événement était sidecariste dans l’âme et a longtemps roulé en compétition. Il paraissait ainsi évident de dédier une classe qui regroupait près d’une vingtaine de machines produites jusqu’au début des années 90.

Comme souvent lors de telles manifestations, il est bon, à notre arrivée sur le site, de déambuler dans les allées regroupant les concurrents pour s’imprégner de l’ambiance. Dès le vendredi, le ton était donné avec la plupart des concurrents à pied d’œuvre, préparant dans les derniers instants leurs machines. Non loin du coin des anglaises, je fais la connaissance de Gérald qui s‘affaire autour de sa BSA. Prenant pour base une M23 de 1939, la belle a largement été modifiée pour être compétitive. « Pour essayer de suivre ces garnements qui roulent avec des machines des années soixante avec bien plus de chevaux, je l’ai un peu améliorée, on va dire… Si extérieurement la machine reste dans son jus et garde le plus de pièces possible d’une avant-guerre, intérieurement plusieurs modifs mécaniques ont été réalisées pour qu’elle soit plus performante. La fourche provient d’une Norton, plus performante que les BSA avec son ressort central et ces deux ressorts de chaque côté. Ça permet d’avoir une meilleure stabilité en virage. La boite, elle, est dorénavant une BSA C11 des années 50 avec une pignonnerie plus rapprochée. Si ça fait, là encore, hurler certains puristes, ça me permet de mieux rester dans les tours et de grappiller des secondes à chaque tour ! »

Présent depuis plusieurs années aux Jumeaux, Gérald revient sur cette belle édition « J’ai cette BSA depuis 1995 et je viens régulièrement aux Jumeaux avec. Achetée dans un bouclard en Angleterre, j’aime la faire rouler ici. Pour moi, il faut absolument venir aux Trophées pour son ambiance exceptionnelle qui regroupe des passionnés de la première heure. C’est bon enfant et on y croise de très belles machines anciennes et rares. Vous vous imaginez, vous, deux plateaux de quarante anglaises prêtes à en découdre sur la piste sur un seul événement… C’est pas partout qu’on voit ça…! »

Avant de prendre la piste il est temps pour les concurrents de passer par le contrôle technique aux abords du circuit. C’est un moment toujours un peu stressant pour certains concurrents qui redoutent parfois que leur machine ne soit pas conforme. C’est aussi un point de passage intéressant pour nous, nous permettant de détailler les caractéristiques de chaque moto. Chaque pilote y allant de sa petite réflexion sur la moto du copain, c’est un endroit sympathique « Dis moi Jean-Pierre, j’ai entendu ton mono en arrivant là… Il sonne pas comme l’année dernière… Qu’est-ce que tu as fait dessus ? » Ou bien « Mais un frein à tambour aussi imposant sur une avant-guerre, ça n’a jamais été monté comme ça Jean… alors comme ça tu veux me prendre au freinage ? »

Ce petit préambule passé, nous pouvons nous intéresser aux diverses sessions sur piste qui proposent de belles bagarres. S’il faut bien intégrer l’idée de « bagarres entre gentlemen » au Jumeaux, on prend cependant sans hésiter le copain au freinage au virage du Golf, ou à celui d’Alpha. Et qu’on soit sur une Matchless d’avant guerre, ou une Yamaha plus récente, on ne se fait pas de cadeau sur la piste. Bien évidemment, tous les pilotes n’ont pas le même niveau et on voit rapidement des écarts se creuser. Certains pilotes plus adroits, n’hésitent pas à faire l’extérieur à leurs petits camarades dès que l’occasion se présente. Sous couvert de belles fumées bleutées qui s’échappent des machines à la retenue et de bonnes odeurs d’huile de ricin, le spectacle était au rendez-vous. Et en parlant de spectacle, mention spéciale pour nos amis sidecaristes qui étonnent toujours par leur implication sur la piste. Au virage Delta, si certains ayant le panier à gauche arrivent à faire lever la roue malgré le travail du singe, la plupart son véritablement collés à la piste. Pour eux, les sliders ne servent pas aux genoux comme pour la plupart des pistards, mais plus sur les hanches, les coudes et l’épaule ! Au bruit, on sait qu’ils ne sont pas là que pour la déco et s’usent pour notre plus grand plaisir. Ils sont fous ces sidecaristes !

Et puis, au moment où les derniers side quittent la piste, je me dirige vers les pre-grille où attend la série des plus petites machines prêtes à en découdre. C’est là que je tombe nez à nez avec un anglais, Geoff Bouchard et son étonnante Gillette. « C’est en réalité une machine de ma conception. J’ai commencé dans les années 78 à modifier une vieille Gilera 50 en adaptant, côte à côte, trois moteurs de mobylette poussés à 65cm3 chacun en lieu et place du moulin d’origine ! La boite de vitesse provient d’une Yamaha TZR 125 avec 6 vitesses et j’ai monté des carburateurs Dell’Orto. Beaucoup de pièces ont dû être adaptées, fabriquées et bien réfléchies pour faire fonctionner ce monstre de 195 cm3 ! Le nom de la machine vient bien sûr de la contraction de Gilera et Mobylette. Pour rire, nous l’avons une fois passée au banc pour connaître sa puissance et je suis assez fier d’avoir atteint les 15ch. C’est un beau chiffre ! Avec elle, j’arrive tout de même à prendre pres de 130 km/h dans un grand bout droit… Ca fait pas mal sur un si petit engin, croyez-moi ! » Et Les Trophées Jumeaux, qu’en pensez-vous venant d’Angleterre ? « C’est la troisième fois pour moi ici. La première fois, je suis tombé, j’ai glissé sur le côté droit de la machine et elle en garde encore aujourd’hui les stigmates sur le carter. Aujourd’hui c’est différent, je ne suis pas tombé et je profite de cette belle édition pour les 25 ans qui réunit toujours un étonnant plateau dans les petites catégories. L’ambiance est conviviale, l’organisation toujours sympa et on peut avoir de belles bagarres avec les copains, j’ai hâte d’être présent l’année prochaine ! » Alors rendez-vous est pris en 2020 pour une nouvelle édition avec toujours plus de belles machines aux Trophées Jumeaux.

Texte et photos Matthieu Brotel.